Victoria Park

Patrimoine

Un quartier reflétant notre diversité architecturale

Participant à la qualité et à la diversité architecturale de Saint-Lambert, la maison située au 221, avenue Edison est aussi représentative du secteur de Victoria Park, un quartier développé au tournant du 20e siècle.

Le développement résidentiel de Victoria Park

La venue du chemin de fer du Grand Tronc et la construction du pont Victoria en 1860 favorisent l’essor de nouveaux secteurs résidentiels qui se greffent au noyau villageois formé par l’avenue Victoria et la rue du Prince-Arthur, l’avenue Saint-Denis et la rue Riverside. La présence industrielle qui s’accentue et la croissance de la population dans la dernière décennie au 19e vont se répercuter tant dans le développement urbain que dans l’architecture résidentielle.

Au cours de la période qui s’étend de 1890 à 1913, plusieurs sociétés immobilières vont contribuer de façon importante au développement urbain de Saint-Lambert. L’une d’elles, la Victoria Park Development Company, entreprend de développer le secteur situé près de la sortie du pont Victoria. Plus précisément, celui-ci se localise approximativement sur les actuelles avenues Edison et Hickson, les rues Osborne et du Prince-Arthur et le boulevard Queen. Les promoteurs ne tarissent pas d’éloges sur la future banlieue qu’ils proposent : « Victoria Park is most conveniently located bearing exactly the same relation to Montreal as does Brooklyn to New York. » (Cité dans Corbeil, 2004 et tiré du journal Victoria Park News, novembre 1891).

Ce nouveau secteur urbain entame timidement son développement à partir de 1890. Puis, en novembre 1891, une annonce indique que des lots seront vendus au cours d’un encan public. Dix ans plus tard, en 1901, ce nouveau secteur compte au moins 30 nouvelles maisons. Les résidences érigées dans ce secteur sont des constructions de bonne qualité, implantées sur de grands lots et proposent une diversité de styles architecturaux. L’une d’elles, qui correspond aujourd’hui au 221, avenue Edison, est un bel exemple de la qualité des maisons qui ont été développées dans ce secteur.

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Le 221, avenue Edison, une maison alliant deux styles

L’apparence de cette maison s’inspire principalement de deux mouvements architecturaux très différents par leur origine, mais ayant tous deux une certaine popularité dans la région de Montréal au tournant du 20e siècle. Il s’agit des styles Second Empire et néo-géorgien.

Le style Second Empire, développé en France, a été populaire durant les années 1870 et jusqu’à la fin du 19e siècle. Les bâtiments de ce style sont principalement reconnaissables par leur toit en mansarde, ou en fausse mansarde. Leurs toits, ou leurs tours sont généralement ornementés par des éléments décoratifs de ferronnerie. On remarque l’utilisation pour le 221, avenue Edison du toit en fausse mansarde en tuiles d’ardoise et du toit en pavillon à terrasse faîtière, surmonté d’une crête de fer. Le style néo-géorgien est quant à lui tributaire des principes de l’École des Beaux-Art. Avec sa brique rouge, ses petits portails de bois peint, sa simplicité classique et son ornementation très sobre sur les façades, il a été employé à Montréal, notamment par ceux qui voulaient se défaire de l’image plus chargée et ostentatoire proposée par les autres styles architecturaux de l’époque. La maison située au 221 Edison présente plusieurs éléments pouvant également être associés au style néo-géorgien: la corniche de bois à denticules, le portail de bois peint, la palette de couleur (rouge brique et ornements blancs), l’utilisation de boiserie ornementale ou encore la logette sur le côté.

Ainsi l’architecture de cette maison correspond à un mélange de plusieurs styles, une pratique qui s’apparente au mouvement de l’éclectisme. En effet, au cours de la fin du 19e siècle, on remarque une tendance à mélanger plusieurs styles architecturaux, dans le but d’obtenir un meilleur effet visuel. Cette forme d’art témoigne de ceux qui cherchent à se différencier, jouant alors sur les formes, tout en voulant illustrer une certaine richesse.

Enfin, il est important de souligner la qualité de l’entretien de cette maison ainsi que la conservation de ses composantes d’origine, participant ainsi à la valeur d’ensemble de ce secteur résidentiel.

Bibliographie

  • Bouchard, André, 1997. Saint-Lambert : le lotissement d’une banlieue ancienne, Cahier no 8 -février 1997, Société d’histoire Mouillepied,Saint-Lambert, p. 18-27.
  • Corbeil, Thérèse, 2004. Saint-Lambert : le développement hâtif d’une banlieue résidentielle (1852-1913), Mémoire de maîtrise en histoire, UQAM, décembre 2014.
  • Rémillard, François et Brian Merrett, 1990. L’architecture de Montréal - Guide des styles et des bâtiments, Éditions du Méridien, Montréal.